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Le trafic international d’espèces sauvages n’est pas qu’une question denature, ni simplement un problème économique. Il ne s’agit passimplement de crime organisé, ni de paix et de sécurité. Il s’agit d’un problème généralisé qui affecte nos économies, empoisonne et dégrade nos écosystèmes, corrompt nos systèmes judiciaires, fragilise l’Etat de droit et détruit des vies. Les criminels qui massacrent nos magnifiques éléphants, lions et tigres, qui pillent nos océans et nos forêts, et qui volent notre bois, exploitent nos ressources naturelles à des fins lucratives. Ils utilisent même parfois leurs gains mal acquis pour financer des groupes rebelles et terroristes.

Mes homologues Chefs d’Etats et moi sommes ici car il s’agit d’un problème critique pour l’Afrique; un problème que nous, la communauté internationale, n’avons jusqu’à présent pas pris suffisamment au sérieux. Il s’agit de la criminalité de portée internationale. Et si nous souhaitons y faire face, nous allons devoir travailler ensemble. Cela signifie créer deséquipes communes d’enquêtes constituées d’agents de protection de lanature et de la force publique, qui échangeront leurs renseignements, mèneront des enquêtes communes, constitueront des dossiers, engageront des poursuites et mettront les auteurs d’infractions en prisonpour longtemps.

Ce n’est réellement qu’au cours des six derniers mois que nous, au Gabon, avons assisté à la concrétisation d’une véritable collaboration en matière de criminalité liée aux espèces sauvages entre la police, les agences de renseignement des Etats-Unis et de la France. À la fin de l’année dernière, nous avons procédé à l’arrestation du plus grand trafiquant d’ivoire du Gabon, lors d’une opération faisant intervenir plusieurs de nos agences de renseignement et de la force publique, en coopération avec la DGSE française, l’U.S. Fish and Wildlife Service et l’appui de l’Elephant Crisis Fund.

Il s’agissait d’un ressortissant étranger, qui gérait une grande organisationde chasseurs et de négociants. Il était également l’un des principaux trafiquants d’or exploité illégalement.Nous sommes en mesure d’arrêter ses complices au Gabon, mais nous sommes incapables d’appréhender ses associés au Cameroun, au Nigéria, au Tchad, au Koweït, au Soudan, au Vietnam et au Japon, ni même les agents de Boko Haram avec lesquels il est en liaison. Pour ce faire, nous qui sommes présents dans celle salle, devons prendre la décision de nous faire confiance les uns les autres et de travailler àl’unisson afin de faire face de manière efficace à ce problème.

Commençons ici en donnant instruction à nos équipes spécialisées des forces de l’ordre de collaborer. Au cours des derniers mois, notre Agence nationale des parcs nationaux de concert avec les agents de renseignement du pays ont infiltrél’ensemble des principaux réseaux de trafic d’ivoire actifs au Gabon. Ils ont mis à jour d’importantes opérations d’exploitation illégale d’or qui,non seulement dérobent des douzaines, voire des centaines de millions de dollars ; mais empoisonnent nos rivières, poissons et populations avec du mercure. Et ils ont fourni les preuves d’activités d’exploitation forestière illégale et de fraude fiscale à hauteur de centaines de millions de dollars. Lorsque l’on a affaire à des montants d’une telle importance, la capacité à corrompre est énorme et cela peut saper toutes nos bonnes intentions si nous les laissons échapper à tout contrôle.

Votre Altesse Royale, Présidents, Mesdames et messieurs,

Cette année, le Gabon a créé 20 aires marines protégées couvrant 27% de notre ZEE afin de lutter contre la pêche illégale et garantir une pêche durable aux générations à venir. Au moment où j’ai quitté le Gabon pour venir à cette réunion, notre parlement entamait un débat sur un nouveau code pénal qui ambitionne d’être strict avec toutes formes de corruption, et d’alourdir considérablement les peines contre le trafic d’ivoire et les réseaux du crime organisé. Ainsi, la peine pour le trafic d’ivoire passe de 6 mois à 10 ans de prison ; et est automatiquement doublée lorsque que des réseaux criminels organisés sont impliqués ou en cas de trafic transnational.

Nous avons également transformé notre Agence nationale des parcs nationaux en Agence Nationale pour la Préservation de la Nature, en lui donnant la charge de réguler toutes les ressources naturelles, de distinguer les exploitants forestiers et les gardes forestiers, et de réduire les risques de conflits d’intérêt et de corruption. Nous avons également pris la décision d’exiger la certification FSC de TOUS les permis forestiers au Gabon d’ici à 2022. Le Gabon est ferme contre la criminalité liée aux espèces sauvages ; mais nous ne pouvons pas le faire seuls. S’il vous plaît, rejoignez-nous.

Je vous remercie.

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