Lire attentivement

Ce 14 septembre 2018 est une journée historique pour l’éducation nationale, celle de la remise du rapport de la Task Force sur l’éducation. Promesse faite le 16 août dernier lors de mon discours à la Nation, promesse tenue moins d’un mois plus tard. C’est ça la nouvelle action publique.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, d’emblée deux choses importantes :

  • L’éducation est la mère des réformes. Au XXIème siècle c’est la formation du capital humain, des hommes et des femmes, de nos enfants, qui permet de guider une nation sur la voie de l’innovation, sur le chemin de la prospérité partagée.
  • Ce que nous entendons faire ici avec l’éducation, ce n’est pas une énième réforme, mais une réforme structurelle, en profondeur. Une transformation et non un empilement de petites évolutions. Ce que nous avons fait il y a deux mois en matière de finances publiques, nous le faisons aujourd’hui en matière d’éducation.

Ensuite, pourquoi cette Task Force ? Qu’est-ce qui justifie une telle démarche ?

Quelques chiffres suffisent en réalité à le comprendre : 

  • 50 % de taux redoublement en classe de 6e;
  • 78% des étudiants inscrits dans les formations générales ;
  • Seulement 4% des élèves au cycle secondaire supérieur optant pour l’enseignement technique ;
  • Et à peine 19% des bacheliers en 2018 ont porté leur choix sur les filières techniques et scientifiques.
  • Chaque année, 40 % des élèves, qu’on appelle les décrocheurs, quittent le premier cycle de secondaire sans aucune qualification.

Que nous disent, au fond, ces chiffres ?

  • Que dans le cycle primaire, les savoirs fondamentaux (savoir lire, écrire, compter) ne sont pas acquis pour un grand nombre d’enfants ; quant à l’égalité des chances (alors que c’est au primaire que tout se joue), elle est en panne ;
  • Dans les cycles secondaire et supérieur, il y a un décalage réel, visible, évident, entre l’offre de formation et les besoins réels de notre économie ;
  • Par ailleurs et globalement, l’éducation doit servir à former les futurs agents économiques, mais également les citoyens de notre pays.

Elle doit donc former à la fois aux savoir-faire, mais également au savoir être.

Bref, quand j’ai dit le 16 août dernier, que notre éducation nationale était sinistrée, certains ont poussé des cris d’Orfraie. Mais j’avais bien soupesé auparavant le poids de ce terme. Je ne l’ai pas utilisé à la légère.

Mesdames et messieurs,

Ayons l’honnêteté de l’admettre : nous avons collectivement laissé dériver notre éducation nationale et celle-ci est aujourd’hui caduque. Elle est à reformer, à repenser, à relever.

Pourtant, les signaux d’alerte n’ont pas manqué : Etats généraux sur l’éducation, conclusions de l’étude McKinsey sur la pauvreté. Celles-ci n’ont abouti à aucune action concrète pour inverser la tendance.

Mesdames et messieurs,

  • Jusqu’à quand allons-nous sacrifier notre jeunesse ?
  • Jusqu’à quand allons-nous sacrifier l’avenir de notre nation ?
  • Jusqu’à quand allons-nous continuer de faire semblant ? Faire ce que nous faisons simplement, parce que nous le faisons depuis longtemps, alors même que nous allons dans la mauvaise direction ?

Il est grand temps d’enrayer ce cycle infernal, de prendre nos responsabilités et d’agir.

Avec la volonté politique nécessaire, nous avons réussi à engager la transformation en passant d’un modèle économique rentier à un modèle productif qui apporte des résultats probants.

Aujourd’hui, notre économie en pleine mutation offre de nombreuses opportunités d’emplois que bon nombre de Gabonais, hélas, ne peuvent saisir faute de qualifications.

Monsieur le Coordonnateur général,

Je note, à travers votre présentation, des recommandations qui devraient contribuer à transformer notre éducation. Changer de paradigme en consacrant notamment le principe « Former pour l’emploi » qui a trop longtemps été un tabou.

Je prendrai donc le temps d’examiner en profondeur les propositions issues de ce rapport, et les recommandations jugées pertinentes seront adoptées rapidement pour répondre en particulier à l’urgence d’accorder la formation aux besoins de notre économie, car nous ne pouvons plus attendre.

Comme nous parlons d’éducation, je voudrais, avant d’en terminer avec mon propos, citer Albert Einstein.

« La définition de la folie », disait Einstein « c’est penser qu’en faisant les mêmes choses, on obtient des résultats différents ».

En matière d’éducation comme ailleurs, si nous voulons obtenir de meilleurs résultats, nous devons donc faire différemment.

Partager