Lire attentivement

La soutenabilité des finances publiques a toujours été au centre des préoccupations des plus hautes autorités gabonaises. Cela va de soi, étant donné que dès 2010, le président de la République, chef de l’État a mis en place un plan de développement très ambitieux, dénommé « Plan stratégique Gabon émergent ». Ce dernier s’est donné comme objectif, à l’image de ce qui a été observé dans des pays comme Singapour ou la Corée du Sud, de hisser notre pays au rang des pays émergents en une génération. D’ailleurs, pour traduire cette ambition dans les faits, des signaux très forts au plan budgétaire ont été donnés, à l’image du budget d’investissement qui dès 2010 avoisinait le milliard de dollars.

On comprend à partir de ce moment que les différents gouvernements gabonais, sous les orientations du Président de la République, aient inscrit comme axe stratégique des différents programmes, la soutenabilité des finances publiques. Pour parvenir à mettre en œuvre un programme aussi ambitieux, il convient en effet, de maintenir sur une longue période, une trajectoire viable des finances publiques. Autrement dit, l’équilibre des finances publiques devait être maintenu, les dépenses s’ajustant rigoureusement aux ressources disponibles.

Malheureusement, cette volonté a été largement mise en mal avec le choc pétrolier qui a frappé le Gabon dès juin 2014. Cette année-là, le prix du baril de brut gabonais passait de 80 dollars le baril à moins de 40 dollars, occasionnant des pertes budgétaires très importantes. Ainsi, à partir de 2015, après plus de cinq ans de croissance économique moyenne de 5%, fruit de l’ambition du programme d’investissement et des réformes entreprises par le Gouvernement pour améliorer le climat des affaires et relancer les investissements directs, le Gabon a dû renouer, à l’image des autres pays pétroliers avec le cycle déficit budgétaire – emprunt d’équilibre-décélération de la croissance. Cette tendance s’est accentuée avec un deuxième choc externe marqué par un déficit prononcé de la balance des paiements et la baisse drastique de réserves de change. En 2016, le déficit budgétaire culminait à 550 milliards de FCFA soit – 6.6% du PIB.

Dans un tel contexte, la dette publique constitue assurément un enjeu majeur de la gestion et la soutenabilité des finances publiques. En effet, la dette publique représente aujourd’hui dans le budget de l’Etat, le deuxième poste le plus important après la solde, avec un service de la dette qui représente en moyenne 650 milliards de FCFA sur les trois dernières années. Après le rachat de sa dette essentiellement auprès du Club de Paris en 2007, le Gabon contrairement à la plupart des pays africains de la zone Franc qui avaient bénéficié d’allègement de la dette à travers l’initiative PPTE, avait réussi de manière volontariste à ramener son taux d’endettement à un niveau de 18% du PIB dès 2009. Ainsi, pour faire face à l’ambition légitime de développement des plus hautes autorités, le gouvernement a pu bénéficier de l’effet de levier de l’endettement en complément aux ressources propres, pour financer les projets productifs.

Plusieurs réalisations témoignent de cette politique volontariste qui a permis au Gabon de relever le niveau de ses infrastructures. On peut citer par exemple le barrage hydroélectrique de Grand Poubara, les centrales thermiques d’Alenakiri et de Port-Gentil, le corridor des routes du sud qui lie aujourd’hui Libreville aux deux grandes capitales du Sud que sont Mouilla et Tchibanga, la route Port-gentil-Omboué, la sécurisation de l’énergie électrique à Libreville qui a permis d’élargir l’offre d’électricité à beaucoup de quartier sous intégrés, l’adduction d’eau potable à Libreville, les grands projets d’infrastructures sportives qui ont permis au Gabon d’organiser coup sur coup deux coupes d’Afrique des Nations de football (CAN) et de marquer son rayonnement, et une coupe d’Afrique des Nations de handball…

Malgré ce recours relativement important à l’emprunt, en 2014 le taux d’endettement n’était que de 35% du PIB mais suite à l’effet conjoint de la baisse nominale du PIB (suite à la crise pétrolière) et aux effets des déficits budgétaires de grande ampleur observés à partir de 2015, le taux d’endettement (rapport entre l’encours de la dette et le PIB nominal), qui est une variable dynamique, a cru de manière vertigineuse. En 2016, lors de la négociation du Plan de Relance de l’Economie (PRE) avec le FMI, ce taux se situait à 64%. Il faut indiquer que pour des besoins de transparence ce taux va au delà des critères généralement admis et comprend non seulement la dette au sens strict mais aussi les arriérés TVA, les avances statutaires de la BEAC, les instances du Trésor.

Néanmoins, grâce aux efforts du gouvernement d’apurer la dette, en 2017, le taux d’endettement est passé à 59% après la première revue. Nous espérons clôturer l’année avec un taux d’endettement de 56% du PIB.

Cela va de soi que la viabilité des finances publiques va de pair avec une saine gestion de la dette. Cela suppose dans un premier temps la mise en œuvre d’une stratégie de la dette tendant à réduire progressivement le plafond des nouveaux emprunts et la promotion de nouveaux modèles de financement complémentaires aux financements souverains traditionnels. Il s’agit par exemple de la finance structurée, la finance verte, les PPP etc. Dans cette perspective, les orientations du gouvernement actées dans le cadre des travaux de la Task force sur les finances publiques sont de ramener à l’horizon 2021 le taux d’endettement au niveau stratégique de 40% du PIB.

Dans un second temps, il conviendrait de baisser progressivement le poids du service de la dette sur le budget de l’Etat. En effet, selon les statistiques actuelles, le service de la dette absorbera pendant les 5 prochaines années environ 35% des ressources propres, ce qui rend le portefeuille de la dette peu liquide. Il apparaît désormais urgent d’entamer des opérations de gestion active de la dette en vue de la restructuration du portefeuille.

Cependant, nous ne pouvons parler de soutenabilité de la dette sans aborder la question liée au choix des projets. En effet, le problème de fond dans la gestion de la politique d’endettement est la qualité du portefeuille des projets choisis, de manière à ce que les ressources empruntées qui se transformeront en service de la dette et donc en charge pour les générations futures, soient contrebalancées par des projets efficaces se traduisant par une augmentation future du PIB.

C’est le surcroit d’activité qui de manière incidente assurera rigoureusement le paiement de la dette, et améliorera la qualité de la notation du Gabon, qui aura pour effet de baisser le coût des nouveaux emprunts et le coût du portefeuille de la dette. C’est ce cercle vertueux que l’Etat doit pouvoir construire. La création récente du comité national de la dette publique, instance d’orientation et de pilotage de la dette vient répondre à cette préoccupation.

(*) Par Hugues MBADINGA MADIYA

Directeur Général de la Dette

Administrateur Economique et Financier

MBA en Hautes Finances Internationales

Partager