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Le Gabon connaît une refonte de son système éducatif pour rompre avec les modèles d’enseignement précédents qui n’étaient plus en phase avec le monde d’aujourd’hui. Les échecs constatés récemment dans le secteur présentent un portrait peu élogieux : une saturation des effectifs, des orientations en décalage avec les besoins réels du marché, des résultats pédagogiques faibles ainsi qu’une crise de gouvernance.

 

Lors de l’émission « Face à la Nation » du 30 août dernier, le président de la République a déclaré : « L’éducation au Gabon est sinistrée ». A cet effet, il a instruit ses équipes de convoquer dans les meilleurs délais une « Task force sur l’éducation ». Pendant une vingtaine de jours, administratifs, parents d’élève, enseignants, psychologues et syndicalistes ont planché sur les maux qui minent notre système éducatif en vue d’aboutir à l’adéquation formation-emploi.

Au sortir de la Task force, le rapport remis au chef de l’État le 14 septembre dernier a fait mention de cinq grandes orientations qui conduiront à la réforme de l’éducation d’ici cinq ans : renforcer la gouvernance en assurant la qualité de l’orientation, augmenter les capacités d’accueil des infrastructures scolaires, développer le contenu pédagogique avec de nouvelles méthodes d’apprentissage, renforcer le corps professoral et garantir le soutien financier.

Près de 3 mois après la remise de ce rapport, les acteurs de la Task force s’activent en vue de la mise en œuvre des recommandations dont le budget est estimé à 1 250 milliards de francs CFA. Dans le cadre de la gouvernance et du renforcement du corps professoral, un séminaire à l’endroit des inspecteurs, conseillers pédagogiques et directeurs d’études entre autres, a eu lieu en novembre dernier. L’objectif étant d’améliorer la qualité de l’enseignement.

« Les orientations en masse vers les filières les moins coûteuses conduisent à la saturation des cycles universitaires et augmentent le taux d’échec en 1ère année après le baccalauréat. Cela correspond à des taux d’échec de 90% à l’université et de 40% dans les grandes écoles. »  Emmanuel Berre, directeur général de l’ANBG

Parmi les recommandations de la Task force figure la construction d’infrastructures scolaires et administratives afin de résorber le manque de salles de classe et la mise en place d’équipements de qualité pour les structures de formation universitaire. Cette phase a débuté en novembre dernier avec la livraison des complexes scolaires de Bikélé et d’Owendo. Entièrement équipés, ces établissements ont permis de désengorger le surplus d’élèves dans les établissements environnants. Elle se poursuit actuellement avec la rénovation de l’auditorium de l’Université Omar Bongo. S’ajoute à cela, la construction de l’école de Bambouchine qui a été complètement rénovée. Aujourd’hui, les élèves et le corps enseignant évoluent dans un environnement propice à leur épanouissement respectif.

Les actions menées en faveur de la révision du système éducatif s’alignent également avec l’incitation à la formation professionnelle. En effet, l’employabilité des jeunes étant une priorité pour le chef de l’État, il est primordial que ces derniers s’orientent de plus en plus vers les filières d’avenir. Pour le président de la République, la Task force sur l’éducation a pour objectif de : « créer un lien entre le système éducatif et le monde de l’entreprise en valorisant les filières professionnelles et techniques ».

Les experts de la Task force se sont aperçus que « l’État subventionnait des filières qui ne conduisent pas à l’employabilité ». Pour le professeur Patrick Mouguiama, coordonnateur de ces travaux, «la Task force avait pour objectif de répondre de manière spécifique et urgente à la question de l’employabilité ».

Les secteurs prioritaires de diversification définis par le Plan stratégique Gabon émergent offrent des perspectives d’emploi et de carrière, étant donné leur attractivité pour les investisseurs étrangers.

Employabilité, compétitivité et excellence

Chaque recommandation répond aux exigences d’une éducation de qualité, menant à l’employabilité, la compétitivité et l’excellence. Ces trois critères sont essentiels pour la garantie d’une éducation de pointe pour la jeunesse qui représente les leaders de demain.

Le terme qui revient assez souvent est la recherche de l’excellence. Qu’entendons-nous par-là ? Le critère d’excellence regroupe des caractéristiques comme l’adéquation des infrastructures-formation et offre d’emploi, la haute performance du niveau scolaire et les compétences du personnel enseignant. En réalité, c’est cela que le gouvernement vise pour notre système éducatif et c’est cet objectif que le chef de l’État veut atteindre pour l’école de demain.

Dans notre pays, l’école de demain permettra aux jeunes de se former dans des centres d’excellence adaptés aux besoins du marché du travail, à l’instar de l’Institut du pétrole et du gaz (IPG) de Port-Gentil et de l’École des mines et de métallurgie de Moanda (E3M) pour ne citer que ceux-là. Ces établissements forment les jeunes dans les métiers d’avenir, à savoir les métiers du pétrole, la prospection minière et la métallurgie qui font partie des domaines dans lesquels notre pays a un manque criard de main d’œuvre qualifiée.

Egalité des chances

L’éducation est aussi un facteur important pour le développement du pays. La Task force sur l’éducation, dont le thème a été « Réformer l’éducation : une priorité pour le développement », constitue le socle du programme de l’égalité des chances. Initié par le chef de l’État en 2016, il vise à construire une société plus équitable et plus harmonieuse en se basant sur cinq axes majeurs : l’éducation de qualité, l’accès aux soins de santé, l’égalité dans l’emploi, l’autonomisation des femmes et la promotion de la méritocratie.

Le directeur général de l’ANBG a indiqué lors de la remise du rapport de la Task force : « Désormais à note égale, le critère social sera pris en compte pour l’octroi des bourses ».

En d’autres termes, en plus de l’âge et de la note, le niveau de revenus des parents sera un autre critère d’attribution de la bourse. L’objectif étant de permettre aux plus méritants et aux plus nécessiteux, donc ceux économiquement moins nantis, d’avoir accès à la bourse.

 

La garantie du succès

Quels sont les résultats escomptés des recommandations de la Task force sur l’éducation pour les cinq prochaines années ? A quand l’adoption de ces mesures en Conseil des ministres ? Cette fois-ci, qu’est-ce qui garantit le succès ? Autant de questions qui méritent d’être posées.

Au vu des nombreuses failles de notre système éducatif, une véritable prise de conscience a donné lieu à la Task force sur l’éducation. En associant experts de l’enseignement, ministères, acteurs du privé et partenaires techniques et financiers, les chances de réussite sont beaucoup plus grandes. 

Les pays qui ont réussi sont ceux qui ont misé sur l’éducation et la formation professionnelle. Il ne fait donc aucun doute qu’en formant et en orientant les apprenants vers des domaines dans lesquels notre économie connait un déficit en main d’œuvre qualifiée, notre système éducatif permettra de disposer d’un personnel bien outillé qui contribuera activement à l’accélération de la transformation du pays.

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